8 Janvier 2021

[Vendée Globe 2020] Les impressions d’une navigatrice solitaire

Journal de bord #7 – Marie-Amélie Lenaerts, skippeuse amatrice

Tout au long du Vendée Globe, des femmes livrent leur journal de bord en lien avec la course légendaire. Septième page avec Marie-Amélie Lenaerts, skippeuse belge amatrice qui a couru en 2019 la mini-transat, une traversée de l’Atlantique en solitaire.

Journal de bord #7 – Marie-Amélie Lenaerts

Aujourd’hui 8 janvier. Depuis quelques jours, la tête de course a basculé dans l’Atlantique Sud. A voir la joie des skippers qui ont déjà franchi le Cap Horn sur les vidéos qu’ils ont envoyées, on mesure leur soulagement d’avoir quitté les mers du sud. Il leur reste quand même encore un bon bout de chemin à parcourir jusqu’aux Sables-d’Olonne, et les positions serrées à l’amorce de la dernière portion promettent un final haletant. Dans l’hiver bruxellois, froid et humide ces jours-ci, j’ai une pensée pour ces marins exceptionnels qui sont face à eux-mêmes et aux éléments depuis maintenant deux mois. 

Moi-même navigatrice amatrice, j’ai découvert la course au large en solitaire et sans assistance il y a un an lors de la mini-transat entre La Rochelle et la Martinique. C’est l’aboutissement d’une aventure fantastique de deux ans que j’ai rencontrée un peu par hasard en assistant au départ de la précédente édition. Etant plus attirée par la navigation en équipage, j’ai trouvé cela à la fois génial et dur, parce qu’en solitaire, on se retrouve confronté à soi-même et à ses limites. Mais j’ai adoré l’océan, les nuages, cela m’a donné envie d’être encore plus dans la nature, et de construire de nouveaux projets dans la voile pour mon futur professionnel. 

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Avec le Vendée Globe, on entre dans une autre dimension. Cette course fait rêver, mais elle ne me fait pas rêver pour moi ! Même s’il y a tout un travail d’équipe en amont, les skippers sont seuls en mer, dans des conditions qui n’ont rien à voir avec l’Atlantique : dans les mers du sud, ça tape dans tous les sens, ils peuvent à peine se tenir debout, passent des semaines sans voir le soleil, c’est très rude. J’adorerais naviguer dans ces régions, mais pas en solitaire. 

Pourtant, je suis la course avec passion, et plus encore cette année où j’anime chaque semaine des chroniques sur la radio publique belge. Il y a eu depuis le départ une foule de moments marquants. Je trouve intéressant que des bateaux plus anciens, plus marins, parviennent à rivaliser avec ceux de nouvelle génération, ce choix de la sobriété est inspirant. Je suis admirative aussi de Samantha Davies qui, après son abandon, a décidé de repartir et de boucler son tour du monde hors course. Je trouve cette décision d’aller au bout des choses très forte. C’est ce que j’aime dans le Vendée Globe, de très belles histoires à découvrir, avec dans cette édition plusieurs femmes qui permettent à d’autres femmes de se projeter et de se dire que c’est possible.

Le spatial joue son rôle dans cette aventure, sans qu’on s’en rende compte. Quand on navigue, on n’a pas conscience de toutes les expertises et les infrastructures qui se cachent derrière les informations aussi importantes que la météo, la couverture nuageuse, la détection des sargasses dans l’Atlantique ou la zone des glaces dans les régions subantarctiques. Et pourtant, tous les skippers sont bien contents de pouvoir compter dessus !

 Il n’est pas plus difficile pour une femme que pour un homme de faire le Vendée Globe. Ce qui est compliqué, c’est de prendre la décision de se lancer, car il manque de modèles féminins auxquels s’identifier.

Marie-Amélie Lenaerts

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Nathalie Briand - VG2020 Crédits : CNES

Vous en voulez encore ?

Découvrez le journal de bord en vidéo #6 de Nathalie Briand, ex-enseignante et partenaire Argonautica sur l'importance de faire vivre l'aventure Vendée Globe aux élèves.

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Marie-Amélie Lenaerts Crédits : Anne Beauge

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