17 Octobre 2019

[LUNE] Prospective spatiale : le futur se prépare aujourd’hui

2040. Les premières colonies humaines s’installent sur la Lune. Elles vivent de peu de choses et la société s’organise autour des spécialités terrestres de chacun : les Français gèrent les centres de santé et les Allemands construisent des robots pour ne citer qu’eux. Nous sommes dans sur un modèle de coopération interétatique et qui a fait ses preuves par le passé dans l’ISS, pour fédérer les nations autour d’objectifs communs. Ici, tout est fait pour que la vie dépende le moins possible de la Terre. 2060, le temps a passé, la Lune est en proie à des désaccords autour de la gestion des ressources et du territoire. La Lune va-t-elle devenir le théâtre d’une transposition des luttes terrestres actuelles ?

 

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Base lunaire (vue d'artiste) Crédits : ESA - P. Carril

Ces situations vous semblent improbables ? Tout droit sorties d'un film de science-fiction ? Pas tout à fait. Il s'agit de scénarios sur lesquels les membres de Space’ibles réfléchissent. Cet observatoire de prospective spatiale créé et animé par le CNES précise même que ce type de situation pourrait se dérouler à horizon 2060. Après-demain en somme. Murielle Lafaye, fondatrice de l’observatoire et François Spiero, son animateur actuel, nous en disent plus sur les activités de Space’ibles.

Pourquoi la Lune intéresse Space’ibles alors que l'Homme y est déjà allé ?

François Spiero : Space’ibles regarde la Lune avec son œil de prospective spatiale. Certes, l’Homme y a déjà mis le pied il y a 50 ans (programme Apollo de la NASA), mais nous n’en sommes pas aujourd’hui au stade d’une société lunaire, c’est-à-dire avec une vie semi-autonome sur la Lune. La réflexion de l’observatoire de prospective spatiale porte sur la période postérieure au programme actuel Artémis qui verra le retour humain sur la Lune dans quelques années. Elle envisage un continuum Terre/Espace de toutes les activités et envisage de vivre sur la Lune – et plus tard sur Mars – en toute autonomie. Au-delà de la prouesse technique d’envoyer et d’établir des humains sur la Lune, Space’ibles traite des enjeux économiques, industriels, culturels, de sécurité, de vie quotidienne liés à une vie pérenne sur la Lune.

N'est-ce pas un peu lunaire tout cela ?

Murielle Lafaye : En fait, c’est très concret et notamment pour les jeunes ! Dans le cadre des activités de Space’ibles, de nombreux ateliers ont déjà été montés dans des établissements scolaires et universitaires pour sensibiliser les élèves et les étudiants à ces questions qui touchent à leur avenir.

Par exemple, l’école de communication et de design ICD Blagnac (31) a travaillé sur le concept d’un spa lunaire à la fois pour se détendre, mais aussi pour maintenir son état de santé dans un environnement en gravité réduite. Dans ce scénario, le Ministère de la Santé Terrestre était sponsor de cette opération, ce qui pose de la question de l’autonomie de la Lune vis-à-vis de la Terre.

Citons aussi le partenariat entre Kedge Business School, l’ESA et le CNES dans le cadre duquel les étudiants réfléchissent à des habitats lunaires pérennes via des ateliers menés sur 3 ans.

Outre les grandes écoles, les collégiens sont également concernés par des réflexions qui allient prospective spatiale et travail transverse entre les matières au programme (langues, matières techniques, projet de groupe, sciences…) La 1ère expérience fructueuse conduite au collège de Saint Orens (31) en 2019 sera ainsi certainement reconduite et peut-être dupliquée dans d’autres établissements par la suite.

Comme tout ce qui a trait à l’espace en règle générale, on sent un réel engouement et des attentes de la part des jeunes vis-à-vis de ces questions. L’espace fait toujours rêver, c’est une bonne nouvelle !

Qui dit exploration et futur dit Mars. Et Mars dans tout ça ?

François Spiero : Space’ibles s’intéresse bien sûr à la planète Mars. La différence avec la Lune, c’est que personne n’y a encore posé le pied. C’est néanmoins une planète prometteuse pour l’établissement de l’être humain.

La tendance actuelle est de dire que développer des activités sur la Lune servirait à préparer la vie humaine sur Mars. Dans Space’ibles, nous réfléchissons à des scénarios d’habitats martiens.

Pourquoi une agence spatiale comme le CNES doit-elle s'intéresser à la prospective ? Est-ce cela le rôle d'une agence spatiale du futur ?

 

Murielle Lafaye : La prospective augmente nos moyens d'anticipation. On réfléchit à long terme mais on en tire des pistes d'action pour des activités à relativement court terme. Par exemple, pour assurer une vie pérenne sur la Lune ou sur Mars après-demain, il y a des réflexions préalables à mettre en place dès aujourd’hui alors que l’on décide de lancer de nouveaux projets spatiaux. Cela alimente donc les équipes du CNES, la R&T et bien d’autres organismes de l’écosystème spatial.

En tant que pilote des activités spatiales de la France, le CNES a donc un rôle majeur à jouer en la matière, c’est un de ses devoirs d’agence spatiale nationale. Je cite d’ailleurs souvent une expression pour résumer cela : « rendre le futur Space’ibles ».

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Spaceibles - Portrait de Diane Beaulieu Crédits : D. Beaulieu

Témoignage de Diane Beaulieu, médecin aéronautique (Paris)

« Tout me nourrit et Space’ibles en fait partie ! Je suis membre de cet observatoire, car l’espace est une passion personnelle depuis longtemps, mais aussi car la médecine est un incontournable à envisager pour une vie pérenne en dehors de la Terre. La santé physique et psychologique des humains est primordiale quand on parle de société, qu’elle soit lunaire ou martienne. Persuadée que le futur se prépare dès aujourd’hui, je milite pour que ces questions soient d’ores et déjà abordées dans le cursus d’étude des futurs professionnels de santé, ce qui n’est pas encore le cas. »

 

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Space’ibles se conjugue au présent et au futur

En créant Space’ibles, l’observatoire de prospective spatiale, le CNES et ses partenaires se dotent d’un moyen supplémentaire pour partager leur compréhension des évolutions en cours et à venir, imaginer et bâtir des visions communes des futurs possibles du domaine spatial, et pour éclairer les décisions quant aux futurs souhaitables parmi le champs des futurs possibles.  
Parmi ses axes de développement, on retrouve notamment : la prospective juridique pour l’espace, l’éthique spatiale, les questions d’économie circulaire et le statut du travailleur dans l’espace.

L’acte 2 de l’observatoire sera lancé lors des Space’ibles Days début novembre 2019 et rassemblera la soixantaine d'organismes qui constituent Space’ibles.
Sa principale force est de rassembler des acteurs de nombreux secteurs économiques, académiques et industriels, ce qui est unique pour une instance pilotée par une agence spatiale.

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