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L’entretien cognitif numérique : construction et validation d’un protocole informatisé de recueil des témoignages de Phénomènes Aérospatiaux Non-identifiés

Description

Le GEIPAN - Groupe d'Etudes et d'Information sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés, service dédié du CNES depuis 40 ans pour l’étude d’observations de phénomènes a priori difficilement compréhensibles se déroulant dans le ciel, a recueilli plusieurs milliers de témoignages. Quatre ou cinq témoins, chaque semaine, en moyenne, se manifestent auprès du GEIPAN pour comprendre ce qu’ils ont observé. L’enquête qui est alors réalisée repose, en l’absence, le plus souvent, de traces, essentiellement sur le témoignage. Or, il existe une discipline scientifique qui porte précisément sur cet objet : la psychologie scientifique du témoignage oculaire.

Cette discipline très développée aux Etats-Unis possède des spécialistes en France qui travaillent avec les policiers, les gendarmes et les juges, et qui collaborent également depuis 10 ans avec le GEIPAN et font partie du comité d’experts et du comité de pilotage (COPEIPAN) du GEIPAN. Ces spécialistes forment régulièrement les enquêteurs privés du GEIPAN pour les aider à recueillir les témoignages de manière rigoureuse, grâce à l’entretien cognitif, la technique d’entretien qui représente le meilleur standard international dans le champ judiciaire. Ils ont également fourni leur aide pour construire le questionnaire de recueil initial des témoignages de PAN. Cette collaboration s’est concrétisée en 2018 par un contrat de recherche en partenariat avec le Ministère de l’Intérieur et le GEIPAN à propos du développement d’une version numérique de l’entretien cognitif.

L’entretien cognitif constitue l’une des avancées majeures de la psychologie du témoignage oculaire. Cette méthode a été développée à partir des années 80 sur des fondements bien établis du fonctionnement de la mémoire humaine. Elle consiste en une série d’aides mnémotechniques permettant de recueillir le plus grand nombre d’informations sur un événement. Le témoin est invité à restaurer mentalement le contexte de l’événement, à se remémorer exhaustivement les faits, à rappeler l’événement dans l’ordre chronologique inverse, et à se focaliser sur les éléments périphériques de la scène. Sur l’ensemble des nombreuses études (une centaine) réalisées sur le plan international, l’entretien cognitif est apparu comme très efficace puisque cette technique permet d’obtenir en moyenne 40% d’informations correctes supplémentaires comparé à un entretien standard de police (Geiselman et al., 1984 ; Geiselman, Fisher, Mackinnon & Holland, 1986 ; Ginet, Py & Colomb, 2001).

L’entretien cognitif comport, cependant, plusieurs limites en termes de formation des enquêteurs, de durée de l’audition, de gestion de témoignages multiples. Brunel et Py (2013) ont montré la difficulté des enquêteurs à assimiler correctement la méthode et à la mettre en œuvre sur le terrain, en particulier lorsque l’affaire à traiter comportent des contraintes soit temporelles, soit dues à la multiplicité des sources d’informations. L’investigateur principal de ce projet a formé des centaines d’enquêteurs à l’entretien cognitif et a montré, grâce à des recherches évaluatives systématisées, que la quasi-totalité des stagiaires quittaient les sessions de formation en ayant assimilé, sous forme de savoir-faire, l’essentiel de la méthode. Pourtant, il existe un décalage entre l’acquisition des compétences et les applications sur le terrain. Les raisons sont multiples : manque de synergie au sein d’un service, difficulté à appliquer de nouvelles compétences lors d’affaires à fort enjeu, absence de feed-back lors de la mise en œuvre de l’entretien cognitif, mais aussi difficulté à faire face aux contraintes temporelles, notamment lorsque plusieurs témoins doivent être auditionnés. Une des conséquences est souvent de différer les auditions approfondies, ce qui pose des problèmes de détérioration de la trace mnésique, voire de faux souvenirs.

Partant de ces constats, nous avons conçu un outil pour recueillir sans délai des déclarations détaillées d’un témoin : l’entretien cognitif numérique (ECN). Cette méthode est un entretien auto-administré sur internet. Peu après les faits, le témoin va consigner par écrit ses souvenirs de manière la plus complète possible sur un format numérique adapté. Nous avons évalué l’efficacité de cet outil à travers plusieurs expériences. En comparaison à un entretien cognitif mené à l’oral, l’ECN permet d’obtenir plus de 36 % d’informations supplémentaires. De plus, l’effet bénéfique ne s’arrête pas là, puisqu’on a également constaté qu’il permet aux témoins de consolider leurs souvenirs, et de ce fait, d’atténuer les effets délétères du délai sur la mémoire.
En résumé : l’ECN permet d’obtenir rapidement un grand nombre d’informations correctes, tout en étant plus simple à mettre en œuvre que l’entretien cognitif en vis-à-vis entre un enquêteur et un témoin. De plus, elle “immunise” les témoins contre l’oubli et la malléabilité du souvenir, ce qui constitue un élément majeur pour le GEIPAN puisque nous avons montré à l’occasion d’une thèse financée par le CNES (celle de Romain Bouvet) que les faux souvenirs apparaissaient grâce à la conjugaison de croyances et d’un délai. Il est donc essentiel de pouvoir réaliser un recueil le plus tôt possible après l’événement observé, recueil devant reposer sur l’utilisation de techniques rigoureuses.

Le projet de thèse proposé au CNES, avec un co-financement de la Région, consiste à développer l’entretien cognitif numérique pour en faire un outil majeur d’investigation pour le GEIPAN. Ce travail sera mené en collaboration avec le Ministère de l’Intérieur qui est prêt à financer la mise en place d’une plate-forme informatique et à mettre à disposition des ressources humaines dédiées au projet dans l’objectif de pouvoir proposer une procédure dématérialisée de recueil du témoignage, en particulier pour des affaires impliquant des témoins multiples, ce qui représente toujours une difficulté particulière pour les services.

La thèse visera:
* à mener des études visant à vérifier l’efficience de l’outil auprès d’une population générale;
* à élaborer et valider une procédure d’entretien modulaire de type « boîte à outils » qui constituera l’ossature du programme informatique à implémenter;
* à évaluer l’efficience de l’outil en situation réelle et à l’adapter pour surmonter les limites rencontrées.

Profil

Master psychologie sociale et cognitive

Description de la structure
Laboratoire d'accueil : CLLE, Toulouse
Directeur(rice) de thèse/recherche : PY Jacques
E-mail du directeur(rice) de thèse/recherche : Jacques.Py@univ-tlse2.fr
Responsable Cnes de l'offre : AGUTTES Jean-Paul

Pour postuler à cette offre, nous vous invitons à vous rapprocher du directeur/rice de thèse et compléter avec son aide la partie cofinancement  du formulaire en ligne (Répondre à l’offre)  pour le 1er avril 2019.

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