7 Décembre 2021

La 1ère étude d’immersion sèche 100% féminine en Europe

L’ESA, le CNES et MEDES réalisent une expérience en immersion sèche pour mieux connaître les effets de l’impesanteur sur le corps des femmes. Objectif : accompagner la féminisation des équipages d’astronautes et préparer de futures missions lointaines.
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Campagne d'immersion sèche au Medes Crédits : © CNES/DE PRADA Thierry, 2021

Il s’agit d’une première européenne : jusqu’au 10 décembre, 20 femmes volontaires se relaient pour participer à une étude clinique de simulation de l’impesanteur en immersion sèche à la clinique spatiale MEDES, la première consacrée à un échantillon uniquement féminin. L’expérience consiste à passer 5 jours allongées dans une baignoire remplie d’eau, totalement isolées de l’eau par une bâche, et à flotter à la manière d’un astronaute dans l’espace. L’objectif est d’étudier les effets de l’immersion sur l’organisme, en mesurant avant et à l’issue des 5 jours un ensemble de paramètres physiologiques : cardio-vasculaires, musculaires, osseux, métaboliques, immunologiques… Cette technique de l’immersion sèche, développée en Russie, est complémentaire des expériences d’alitement traditionnelles en bedrest, réalisées sur de plus longues durées pour reproduire au sol les conditions de vie dans l’espace. Le CNES s’intéresse à ce modèle depuis plusieurs années et a acquis en 2015 les deux baignoires d’immersion utilisées par MEDES, qui sont les seules en Europe. 

Avec l’immersion sèche, le corps flotte sans surface d’appui. Cela permet de reproduire les effets de l’impesanteur beaucoup plus rapidement que pendant un alitement sur un matelas, dès les premières 24 ou 48 heures.

Guillemette Gauquelin-Koch, responsable des Sciences de la vie au CNES

Différences physiologiques

 

L’étude, financée par l’ESA, participe à la préparation des futurs vols habités de longue durée. Il n’y a eu à ce jour que peu d’expérience de simulation de l’environnement spatial incluant des femmes, en tout cas avec un échantillon de cette importance, et jamais en immersion sèche. Or les différences physiologiques entre les femmes et les hommes peuvent entraîner des réactions différentes à l’impesanteur, qu’il faut connaître pour trouver des contremesures permettant de s’adapter et de prévenir ces effets. Cette étude permettra avec des données spécifiques, de valider le modèle de l’immersion sèche chez les femmes et de l’intégrer à l’arsenal des expériences de simulation au sol, avec les bedrests et les confinements de longue durée. C’est d’autant plus important que les astronautes femmes seront de plus en plus nombreuses à l’avenir : l’ESA a exprimé cette volonté dans la sélection en cours de la prochaine promotion d’astronautes européens, et la NASA a annoncé la parité dans les futurs équipages.

 Pour des séjours de 6 mois sur l’ISS, comme celui que vient d’effectuer Thomas Pesquet, les contremesures satisfaisantes existent. Il faut mettre au point d’autres systèmes pour des séjours plus longs pour maintenir les équipages en bonne santé, et qu’ils soient capables de mener leur mission, une fois arrivés sur la Lune ou au-delà.

Marie-Pierre Bareille, responsable de la clinique spatiale MEDES et du projet d’immersion sèche

Avec cette expérience, MEDES conforte sa place de centre de référence sur les différents modèles de simulation de l’impesanteur. Au-delà du suivi médical des astronautes actuels et de la préparation du futur, ces études intéressent aussi la médecine terrestre : l’immersion sèche est un modèle d’hyper-sédentarité, utile pour comprendre la survenue de maladies en lien avec la diminution de l’activité physique qui caractérise nos sociétés.


A propos de medes

L’Institut de Médecine et Physiologie Spatiales (MEDES), basé à Toulouse, est la filiale santé du CNES. Créé en 1989, à l’initiative du CNES et du CHU de Toulouse, il formalise l’existence d’un 1er pôle de physiologie au sein du CNES. Ses équipes interviennent en soutien au CADMOS pour le volet physiologique, à la Clinique Spatiale, à Toulouse, où sont menées des expériences de simulation des effets de la micropesanteur sur l’organisme, et au Centre des astronautes européens, à Cologne, pour le suivi de l’entraînement et l’accompagnement médical des astronautes.

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