5 Avril 2019

Grande America : des satellites en coulisses

Le 12/03/2019, le porte-conteneurs Grande America sombrait dans le Golfe de Gascogne. Sollicités par l’Europe et la Marine Nationale, 12 satellites ont travaillé en coulisses et suivent encore les pollutions résiduelles.

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Le 10/03/2019, le navire italien Grande America, en provenance de Hambourg et à destination de Casablanca, déclarait un incendie à bord. Le 12/03, le navire sombrait et l’Agence de sécurité maritime européenne (EMSA) déclenchait la procédure d’alerte de son service CleanSeaNet. Au bout du fil, disponible 24 h sur 24, une équipe de Collecte Localisation Satellites (CLS), une filiale du CNES, répondait présente et mobilisait 5 satellites radars : les 2 satellites européens Sentinel-1 et 3 satellites commerciaux (le canadien Radarsat-2, les allemands TerraSAR-X et TanDEM-X).


Suivi par images radars

La 1ere pollution est repérée le lendemain sur une image acquise par le satellite Sentinel-1A à la verticale de l'épave. L'image est traitée en moins de 20 min par l'équipe de CLS. La nappe est longue de 10 km pour 1,5 km de large. Sous l’effet de la pression de l’eau, la cuve du Grande America a explosé et libéré les 2 200 tonnes de fioul lourd qui lui serviraient de carburant.

« Les nappes d’hydrocarbures aplanissent la mer. La rugosité devient localement nulle, c’est comme cela que nous détectons les pollutions sur les images radars. Nous traitons ces images de manière manuelle mais nos équipes de recherche & développement travaillent à rendre ce traitement automatique via des algorithmes d’intelligence artificielle, même si le regard humain sera toujours nécessaire » explique Pascal Lozac’h, responsable de la Cellule Intelligence en sécurité maritime chez CLS à Brest.

Jour après jour, les images radar révèlent une pollution à la verticale de l’épave, d’abord abondante, puis de moindre intensité à la date du 31/03/2019. 

Les informations obtenues grâce aux satellites se révèlent particulièrement utiles pour le comité de dérive car elles viennent compléter les comptes rendus des survols de zone, le visuel des navires sur zone et les données de l'EMSA 

a souligné la Préfecture maritime de l’Atlantique.

Suivi par balises Argos

A la demande du Centre d’expertises pratiques de lutte antipollution (CEPPOL) de la Marine Nationale française, 7 autres satellites ont été sollicités afin de suivre le déplacement de 6 balises Argos lancées sur le front avant de la nappe. CLS est de nouveau entré en action avec pour mission de traiter et rendre disponible les données retransmises sur son réseau de 60 stations terrestres.

 « Nous avons déployé des balises Argos, depuis des avions Falcon 50 de la Marine nationale, à des endroits stratégiques. Ces balises enregistrent leur position GPS toutes les 30 minutes, nous permettant de délimiter la zone polluée. Ces données alimentent les modèles du comité de dérive. Ces informations sont nécessaires pour coordonner le déploiement des mesures anti-pollution »  explique le directeur du CEPPOL. 

Depuis 1978 et la création d’Argos, le CNES n’a cessé d’améliorer ce système de localisation et de collecte de données satellitaire. Fin 2019, le premier instrument miniaturisé d’Argos, Argos-Néo, sera mis en orbite à bord du nano-satellite Angels. En janvier 2020, le 1er instrument  Argos-4 décollera « accroché » au satellite indien Oceansat-3. D’ici à 2022, 2 autres équipements Argos-4 seront lancés. En parallèle, le CNES soutient le projet Kinéis porté par CLS. Ce projet prévoit le lancement d’une constellation d’une vingtaine de nano-satellites porteurs d'Argos d’ici à 2021 afin de connecter les objets en temps quasi-réel : toutes les 15 min contre 1h30 aujourd’hui. Demain, il pourrait ainsi être possible de localiser des conteneurs munis de balises même en cas de perte en mer.

Représentation d'artiste de Sentinel-1. Les satellites Sentinel font partie du programme Copernicus de l’Union européenne. Crédits : ESA/ATG medialab. 

A Brest, la station Vigisat de CLS reçoit en temps réél les données de satellites. En photo, son antenne réceptrice protégée du vent et des embruns par un radôme blanc. Une autre antenne existe à Toulouse, sur le site du CNES. Crédits : CLS. 

Image acquise le 19/03/2019 par Sentinel-1B. Elle montre la pollution à la verticale du naufrage. Les points blancs sont les échos radars des navires antipollution en activité. Crédits : Copernicus / Commission européenne / ESA. 

Point de situation publiée le 31/03/2019 par la Préfecture maritime de l’Atlantique. Le front avant est suivi par balises Argos. Crédits : PREMAR.

Les satellites, agents de la surveillance maritime en Europe

Depuis 10 ans, CLS est  mandatée par l'Europe pour surveiller les pollutions d’hydrocarbures, accidentelles ou intentionnelles, sur l’espace maritime européen dans le cadre du service CleanSeaNet. Ce service, mis à disposition de tous les Etats membres, est unique au monde. « L’Europe a la seule surveillance maritime de la planète basée sur des images satellites » indique Pascal Lozac’h. Chaque jour, chaque nuit, CLS effectue en moyenne 5 ‘’contrôles radars’’ sur 100 % des routes maritimes européennes, avec en général 1 à 2 pollutions repérées. « Mais contrairement aux contrôles radars sur les routes qui durent plusieurs heures, notre contrôle est instantané. Un satellite, cela file à 7 km /s ! Lorsqu’une pollution est repérée, nous sommes capables d’identifier le bateau responsable jusqu’à 6h auparavant. » Grâce à cette surveillance spatiale, aux moyens de coercition et au système judiciaire des pays membres, le nombre de pollutions a été divisé par 2 en 10 ans. Crédits de l'image composite : Copernicus / Commission européenne / ESA

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