20 Mars 2017

ARIANE 6, une équipe gagnante pour le CNES

Depuis un an et demi, des personnels de la Direction des Lanceurs du CNES sont intégrés, dans le cadre d’une équipe mixte avec l’ESA, au sein d’Airbus Safran Launchers/ASL, principalement sur le site des Mureaux, dans les Yvelines. Rencontres.
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L'équipe Ariane 6 chez Airbus Safran Launcher Crédits : © CNES/GRIMAULT Emmanuel, 2015

L'équipe, composée de sept personnes, travaille en immersion chez ASL (localisation sur le plateau projet au sein des équipes industrielles, participation aux réunions, accès aux informations internes...) pour contribuer au projet Ariane 6 et faire profiter l'industriel des compétences d'analyse, d'expertise indépendante et de recommandations de l'ensemble de la Direction des Lanceurs du CNES (DLA).

L'avantage du dispositif in situ est de permettre aux ingénieurs de bénéficier d'une meilleure compréhension des éléments techniques guidant les choix faits par ASL, au fur et à mesure de l'avancée des activités, et de pouvoir échanger au jour le jour avec les équipes industrielles. La clé est de garder le recul nécessaire pour assurer une expertise critique, bien discerner les points sensibles, et filtrer les problèmes à la source. Avec le support de l'ensemble de la DLA, ils détectent ainsi les risques et sont l'interface directe avec ASL pour intervenir, à chaque étape du projet, dans tous les registres techniques des métiers lanceurs (avionique, mécanique, etc...), apportant ainsi une plus-value désormais attendue et reconnue.

Un atout pour l'Europe

Aujourd'hui, l'équipe Ariane 6 du CNES a trouvé sa place au coeur de l'Europe des lanceurs. L'équilibre subtil de ce nouveau rapport s'opère dans une reconnaissance mutuelle du rôle de chacun, et dans un contexte d'évolution permanente, liée à l'avancée du projet.

"L'apport réalisé auprès d'ASL demeure un réel travail d'équipe car l'éclatement sur plusieurs sites nécessite une communication et une coordination essentielles entre ses membres pour déceler rapidement les problèmes éventuels et trouver des solutions satisfaisantes, la vision transverse étant un atout indéniable.", explique Philippe Pascal, chef de projet Ariane 6 à la DLA.

Chaque membre de l'équipe résidente y dispose d'un périmètre différent de compétences mais avant tout, la flexibilité, l'adaptabilité, la mobilité et la réactivité demeurent les qualités personnelles premières de l'ingénieur de l'équipe intégrée. Ce nouveau contexte montre toute la capacité de la DLA à s'adapter avec succès aux nouveaux enjeux internationaux qui touchent l'Europe des lanceurs.

Portraits

Carole Deremaux : le point focal

Une chevelure brune et bouclée, une tenue sobre et sombre, deux grands yeux bleus qui éclairent le tout. Carole Deremaux, jeune centralienne de la DLA, assure la responsabilité hiérarchique du groupe des cinq salariés CNES au sein de l’équipe ESA/CNES chargée de l’interface avec ASL, le maître d’œuvre industriel du futur lanceur, pour  la partie technique du projet lanceur Ariane 6 Nouvelle Génération. Elle est aussi le « point focal », celle qui assure  la coordination de l’équipe résidente  ESA/CNES (voir encadré).

« Je voulais travailler au plus près de l’industriel et l’idée qu’il y avait tout à construire dans ce projet me plaisait énormément. Mais ce qui m’attirait aussi, c’était l’aspect humain, être proche des équipes » explique Carole. De fait, l’aspect relationnel irrigue une très large part de son  travail. Il s’agit non seulement d’assurer une bonne coordination de l’équipe résidente, une bonne communication avec l’équipe  ASL, mais aussi de garder un contact étroit avec les équipes de la DLA et de l’ESA. Car "l’embedded team", comme on l’appelle souvent, ne doit pas être ressentie comme une entité fermée. « Nous devons comprendre les besoins de l’industriel sans perdre de vue nos exigences techniques. Il nous faut veiller à préserver les deux cultures mais aussi notre capacité d’étonnement, d’analyse et de sélection » précise Carole. 

Un exemple ? « Nous devions nous forger un avis sur les cas dégradés où il conviendrait de renforcer la robustesse du lanceur. Le besoin identifié, partagé, un groupe de travail incluant l’équipe résidente, les équipes du back office et ASL s’est constitué. Les options possibles ont fait l’objet de discussions. Chaque partie a apporté sa réflexion, autant l’industriel que l’équipe technique ESA/CNES. Les échanges ont fait évoluer les savoirs. C’est ça l’objectif » rapporte Carole.

Passionnée de voyages, secouriste bénévole, la rencontre des autres semble être une permanence dans la vie de Carole. Un goût mis au service du projet Ariane 6.

 Philippe Pascal : tenir la distance

Grand, mince, taillé pour l’escalade, Philippe Pascal est  grimpeur et chef de course en ski de randonnée. S’impliquer, persévérer, tenir la distance, avoir le souci du groupe, ce sont quelques-unes des constantes qui l’animent aussi  dans son activité professionnelle.  Le Sous-Directeur Ariane de la Direction des Lanceurs (DLA) se présente ainsi : « D’une part je suis chef hiérarchique de l’ensemble des équipes projet impliquées dans les lanceurs pour le CNES. D’autre part, je suis chef de projet Ariane 6 pour le CNES. En d’autres mots, je m’assure de la cohérence du projet Ariane 6, je vérifie que l’ensemble des équipes CNES impliquées à de nombreux titres partage un point de vue commun et converge vers l’objectif fixé ».

C’est sur un tout autre mode de transport, le train, que ce Docteur en énergétique a fait ses premières armes. « Je travaillais à la SNCF, sur un projet de locomotive dotée d’un moteur diesel dont j’avais la responsabilité. La complexité technique m’avait enthousiasmé. J’en ai gardé un fort intérêt pour les moteurs, la propulsion, les défis technologiques et organisationnels » raconte Philippe. Il rejoint le CNES et les lanceurs à la DLA en 1988, qu’il quittera en 2007 pendant trois ans pour travailler en Italie au développement du lanceur Vega. Cette expérience, qui complète celles qu’il avait acquises précédemment sur divers postes de projet et de management, lui est utile aujourd’hui dans ses fonctions de chef de projet Ariane 6 pour le CNES. Stratégie, positionnement, reconfiguration, les développements des lanceurs sont des énigmes complexes à résoudre et sources d’enrichissement, estime-t-il. Comme son équipe, Philippe apprécie de travailler avec l’industrie, même si le contexte a évolué au cours du temps. « Nous apportons un regard complémentaire à celui de l’industrie. Nous ne devons pas être des perturbateurs mais devons alerter si besoin et contribuer à la consolidation et à l’optimisation sous tous ses aspects par la différence que nous apportons ».

Concentré sur l’objectif, le chef de projet n’en oublie pas ses troupes. Que ce soit dans son activité professionnelle ou sportive, il estime qu’on ne peut avancer efficacement qu’en prenant en compte l’humain. Il veille aussi attentivement à un autre équilibre, celui du rapport travail / famille. « Capital pour garder de l’efficacité ».

 Jean-Yves Gourmond : le joueur de Go 

Jean-Yves Gourmond est  adepte d’un sport de combat asiatique. Ni le judo, ni le karaté mais le jeu de go. Un sport cérébral, « au couteau », un face à face sans merci où l’on joue sur les intersections, où les adversaires s’arrachent l’espace. Serait-ce ce positionnement aux intersections qui procure à l’ingénieur une si grande satisfaction professionnelle ?

Spécialiste d’avionique de l’équipe résidente Ariane 6, Jean-Yves s’intéresse au « système nerveux du lanceur ». Par cette expression, il faut entendre tout ce qui constitue le fonctionnement des systèmes, du composant électronique aux exigences les plus fortes, comme la mise en œuvre du système de lancement de la fusée. « L’avionique couvre un spectre très large de domaines. On travaille au quotidien avec des professionnels de multiples disciplines, des opérations d’intégration aux spécialités de la connectique ou des radiations, et de diverses nationalités. C’est une exigence, un prolongement de notre activité, un atout considérable et un apport constant de nouvelles connaissances » se réjouit-il. Des satisfactions qui compensent largement la charge de travail, « une cadence soutenue » estime Jean-Yves.

Comme ses collègues, il apprécie particulièrement de travailler avec l’industrie, un secteur qu’il a côtoyé plusieurs années, chez Alcatel en particulier où sa carrière a débuté. Ne pas être passif fut sa ligne directrice lors de l’arrêt du programme A5ME. « J’étais déçu, mais déterminé à rebondir très vite ». Aujourd’hui Jean-Yves se réjouit de voir le projet Ariane 6 évoluer. « Non seulement l’équipe évolue mais le projet aussi. Même s’il répond toujours aux spécifications de base, le lanceur achevé ne sera pas exactement identique à ce que nous avions imaginé ». Avoir toujours l’esprit en mouvement, développer une vision périphérique, anticiper, les qualités de base du joueur sont là. Au go, comme en avionique.

Serge Saubadine  : le maitre des forges

Face au tumulte, rien de tel qu’une placidité à toute épreuve. Serge Saubadine offre une allure calme et tranquille. Mais derrière cette façade, bouillonnent les passions, professionnelles et personnelles. Parmi les sept spécialités représentées dans l’équipe résidente, il est responsable de la propulsion du module LLPM équipé du moteur Vulcain.  Un moteur pas tout à fait inconnu, puisqu’avant de rejoindre le CNES, l’ingénieur mécanicien a travaillé dix-huit ans chez Safran. Une belle expérience qui l’a décidé à rejoindre l’équipe résidente dès sa formation, début 2015.

« Ma tâche essentielle consiste à suivre le développement de l’industriel sur divers thèmes liés à la propulsion et à détecter les zones grises, les zones de risque qui pourraient devenir critiques. Ariane 6 reprend bien des éléments existants déjà sur Ariane 5 ou Vega, mais qu’il faudra malgré tout modifier pour répondre aux besoins Ariane 6. Parmi les options présentées par l’industriel, les ingénieurs évaluent les risques techniques, tout en prenant en compte les impacts sur les coûts et les incidences sur le planning. On échange beaucoup. On tâtonne jusqu’à trouver le meilleur compromis, la meilleure solution. Comme, actuellement, sur le système de pressurisation du réservoir oxygène du LLPM », explique Serge. Performance, coût, planning sont des contraintes omniprésentes chez les ingénieurs.

Si Serge apprécie l’autonomie de son poste, il prévient : « On ne maîtrise pas son emploi du temps ». Le poste exige une capacité d’adaptation et une grande mobilité. Les plannings sont établis une semaine à l’avance par les industriels et sujets à modifications. Des réunions mobilisent les équipes chaque semaine dans chacun des sites, ASL Les Mureaux et Paris et pour lui, il faut ajouter ASL Vernon, fief de la propulsion pour  les moteurs cryotechniques.

Dans ce milieu, ça marche à la passion 

Et de passions Serge n’en manque pas. Les sports de plein air, le ski en particulier, la musique… Il se verrait bien poursuivre sa carrière quelques années au plus près des lanceurs, en Guyane… Mais là, le ski…

Olivier Bugnet : conduire le changement

Regarder vers l’avant, accepter de courtes pauses, abandonner un regard rétrospectif, s’adapter au terrain, Olivier Bugnet sait de quoi il parle. Depuis deux ans, cet amateur d’ultra trails, ingénieur Supaéro, conduit le changement lié au projet Ariane 6 lanceur au sein de la Direction des Lanceurs (DLA).

Il est co-chef de projet du nouveau lanceur dans l’équipe projet intégrée avec l’ESA. Une tâche assurée avec Guy Pilchen côté ESA. En d’autres termes, Olivier fait face à un double défi : mettre en place une nouvelle gouvernance, tant en interne qu’avec l’industrie. Négocier les contrats, suivre les spécifications de haut niveau du lanceur, assurer le management par les risques, tel est son cœur de métier.

En interne, le projet Ariane 6 a confronté les équipes de la DLA à une véritable rupture professionnelle,  un changement qui nécessite toujours une surveillance attentive. « Côté maîtrise d’ouvrage, les équipes n’ont plus le même positionnement. Elles vérifient toujours que les spécifications de haut niveau sont respectées mais ne les examinent plus elles-mêmes dans le détail. Et pour certains, il est difficile de laisser complètement les décisions aux mains de l’industrie. Des équipes peuvent avoir le sentiment d’une perte de compétence » explique Olivier. Pour sa part, il est convaincu que la DLA peut tirer de la valeur ajoutée de ce changement. « Notre nouveau positionnement représente un atout : cette distanciation nous apporte un regard différent. De plus, faire de l’exploitation, du développement et de l’avant-projet constitue une compétence rare dans l’industrie.»

C’est là que repose essentiellement la plus-value de la direction des lanceurs

précise Olivier, attaché à la qualité du service public.

Homme souriant et placide, capable de promptes accélérations, Olivier se lance au moins une fois par an au milieu de paysages montagneux dans des courses d’endurance de 200 km non stop, avalés en 40 ou 45 heures. Il partage avec Philippe Pascal, sous-directeur Ariane, le goût de l’effort et de la distance. Une aptitude dont le projet Ariane 6 saura tirer tous les avantages.

La série de portraits Ariane 6 est à présent terminée ! A bientôt pour une nouvelle série de portraits !


L’EMBEDDED TEAM

L’équipe résidente, aussi appelée Embedded Team, est composée de cinq agents du CNES et de deux salariés de l’ESA. Elle est chargée de la mise en œuvre technique du projet Ariane 6. Chacun des membres de l’équipe est responsable d’une thématique : mécanique / environnement, architecture / mécanismes / interfaces, avionique, sureté de fonctionnement et sauvegarde, système / perfo / Contrôle de vol, Fonctionnel et moteur - module inférieur LLPM, Fonctionnel et moteur - module supérieur ULPM.

Tous partagent leur temps entre le site de Paris-Daumesnil et les sites d’ASL, principalement les Mureaux et Vernon.
 

 

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